Sommaire, résumés et textes intégraux du n° 109
Présentation de la Revue
Henri Goldberg et Philippe Mesnard : Éditorial : In progress (PDF)

 

Dossier : La bande dessinée dans l'orbe des guerres et des génocides du XXe siècle

Coordonné par Fransiska Louwagie et Daniel Weyssow

 

Fransiska Louwagie et Daniel Weyssow : Présentation du dossier (PDF)

 

I. Propagande

Thierry Crépin : Les éditeurs de bandes dessinées en France sous l'occupation (PDF)

  • Dans les années quarante, la presse enfantine est en France le principal support éditorial de la bande dessinée. La défaite militaire a favorisé un renouvellement des éditeurs, la limitation du champ de diffusion des illustrés, l’éclatement des centres de production et une soumission aux censures allemande et vichyste. Confrontés à une situation inédite, les éditeurs français adoptent des comportements d’une grande diversité, entre accommodement des anciens et complaisance des derniers arrivés pour les temps nouveaux.

 

Renée Dickason : Les bandes dessinées britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale : effort de guerre et messages patriotiques (PDF)

  • Dans cet art qu’est le façonnement du « bon citoyen », la propagande met tout en oeuvre pour rassembler les esprits et mobiliser un peuple autour d’objectifs communs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne vit dans la menace d’une invasion de l’ennemi allemand. Sacrifices, adaptations aux exigences d’une période où la pénurie est de rigueur, participation à l’effort de guerre figurent parmi les attentes du gouvernement d’alors. Compléments ludiques aux émissions radio, aux informations diffusées au cinéma ou aux articles publiés dans les journaux, les bandes dessinées apportent une part de rêve et de réconfort à leurs lecteurs. Ici, le but n’est pas d’affoler les jeunes en suscitant chez eux des sentiments anxiogènes face aux exactions qui sévissent dans les régimes totalitaires, il s’agit bien de les rassurer. Si divertir et éduquer sont les principales missions des bandes dessinées, en temps de guerre, elles contribuent aussi inévitablement à informer et à guider les opinions.

 

Kees Ribbens : Préjugés mis en images. Stéréotypes antisémites dans une bande dessinée aux Pays-Bas sous le régime national-socialiste (PDF)

  • Le magazine Volk en Vaderland [Peuple et Patrie], en tant que principal porte-parole du parti national-socialiste néerlandais, colportant les croyances politiques propagées par les sbires de l’occupant allemand, a publié en 1942 une bande dessinée hebdomadaire intitulée « Rare, maar ware commentaren » [Commentaires étranges mais vrais]. Au cours des 45 épisodes publiés, relativement indépendants, Peter Beekman, son créateur, a commenté les événements et l’évolution de l’actualité. Sa représentation de divers ennemis éclaire la façon dont la bande dessinée a été utilisée comme une façon assez nouvelle de propager des opinions clairement racistes. La question centrale développée dans l’article porte sur les différents stéréotypes utilisés pour représenter les Juifs, sur la vision qu’a Beekman des Juifs et sur l’impact possible de ses images antisémites. L’article présente les travaux de Beekman dans le context de l’émergence de la bande dessinée néerlandaise et analyse la présence prégnante de l’antisémitisme dans ce cas spécifique à partir de six thèmes dominants.

 

 

II. Guerres et génocides du XXe siècle

Laurence Messonnier : André Hellé, Le Livre des heures héroïques et douloureuses, 1914-1915-1916-1917-1918. L'album entre témoignage et devoir de mémoire, la guerre à hauteur d'enfant (PDF)

  • L’album de Hellé expose un témoignage de guerre selon le concept défini par Jean Norton Cru : souci de véracité historique sans fioriture. Il s’inscrit dans la double problématique de l’expression d’un trauma à destination des enfants et de l’intention mémorielle. Pour cela il associe voix officielle émanant des états-majors belligérants et illustrations à polychromie cryptique. L’intertextualité occupe le devant de la scène, tandis que l’autocitation iconique renvoie aux jouets-enfants de la Boîte à joujoux et l’inter-iconographie aux clichés de L’Illustration. La représentation canonisée de la Grande Guerre est conforme à ce que retient la mémoire collective, mais la stratification temporelle laisse filtrer la subjectivité auctoriale à travers les légendes et les textes sélectionnés qui servent de cartouches à une image panoramique oscillant entre art primitif et dessin animé. L’illustration à hauteur d’enfant dédramatise la violence pour aboutir à une miniaturisation du sublime.

 

Isabelle Delorme : Le génocide arménien. De la reconnaissance sur la scène internationale à son émergence dans la bande dessinée : histoire d'une rencontre mémorielle (PDF)

  • Le génocide arménien (1915-1916) a été peu représenté dans le neuvième art. Sa reconnaissance récente et de plus en plus importante sur la scène internationale s’est traduite par la publication de plusieurs bandes dessinées, entre 1979 et 2010. Dans ces albums, la question arménienne est d’abord posée, puis on y voit planer l’ombre du génocide, avant que celui-ci ne soit violemment mis en texte et en images.

 

Yannick Malgouzou : Du récit familial au témoignage historique : Maus d'Art Spiegelman (PDF)

  • Si Maus d’Art Spiegelman est un succès critique et public, c’est grâce à la rigueur de sa démarche où théorie et pratique, réflexion et figuration se questionnent et s’enrichissent mutuellement. L’auteur a en effet créé une forme dynamique qui transforme le récit d’une mémoire individuelle en récit d’une création artistique ; mais ce récit d’une création difficile se transforme à son tour en récit d’une transmission possible de l’expérience du génocide. Ces trois niveaux narratifs se mélangent pour donner à voir les difficultés de figuration et de communication inhérentes au génocide juif et pour montrer, parallèlement, comment l’oeuvre artistique doit les dépasser par un ensemble de choix esthétiques. Ainsi, par le biais du récit familial, Spiegelman construit une histoire fortement individualisée qu’il ouvre aux dimensions de l’universel par un ensemble de stratégies exploitant les ressources de la bande dessinée.

 

Andreas Huyssen : Des souris ou des hommes ? La question de la mimesis d'Adorno à Spiegelman (PDF)

  • Partant de la question de la représentabilité de la Shoah et de la plasticité du concept de mimesis, Andreas Huyssen étudie Maus d’Art Spiegelman comme une oeuvre qui a choisi l’écart maximal avec les formes traditionnellement usitées pour relater une tragédie historique. Le suicide de la mère d’Artie est, dans l’oeuvre autobiographique de Spiegelman, posé comme l’élément déclencheur d’une quête des origines qui conduit le personnage à interroger son père et à relater les années de guerre et de déportation. La mimesis, dont Adorno a théorisé l’implication dans le processus de civilisation et sa relation paradoxale à la Bilderverbot (l’interdit des images), est ici conceptualisée comme le moyen de surmonter le clivage entre l’indicible de ce que l’auteur/narrateur entend rapporter et la nécessité de sortir de l’état mélancolique dans lequel il est plongé. Se rattachant à la tradition des comics américains dont l’aspect satirique est appuyé du côté du mot d’esprit (« Mauschwitz »), la transposition animalière permet à l’auteur/narrateur de se confronter de biais au sentiment insurmontable de la perte.

 

Jonathan Haudot : Rire et Shoah : La réception de la BD Hitler=SS (PDF)

  • Au regard de l’ampleur de la tragédie, si associer le rire à la Shoah peut apparaître antinomique car moralement déplacé, force est de constater que de nombreux auteurs juifs et non-juifs ont abordé cette catastrophe via le prisme de l’humour. Entre autres artistes, cela a été le cas de Romain Gary, Edgar Hilsenrath en Roberto Benigni. Dans le cas de la BD Hitler = SS du duo Philippe Vuillemin et Jean-Marie Gourio, la réception en France a été des plus sévères puisque l’éditeur et les auteurs de cet album ont été poursuivis et condamnés pour « injures raciales » et « complicités d’injures raciales ». Le récit de cette condamnation demeurant vague dans l’historiographie de la bande dessinée, la présente contribution retranscrit donc et interprète les arguments avancés au cours des débats et procès découlant de la publication d’Hitler = SS. Au total, cette étude expose et décrypte les trois grands axes de la réception de ce titre, à savoir : le récit de la genèse de l’album comme discours de justification des auteurs incriminés, l’utilisation de la caricature et de la dérision comme siège d’ambiguïtés interprétatives et enfin, la remise en cause du mode de diffusion de cette bande dessinée.

 

Catherine Ojalvo : Séra face à la mémoire cambodgienne : le noir de la mémoire (PDF)

  • La bande dessinée, a priori considérée comme un « art mineur » peut-elle soutenir et endosser une fonction testimoniale au même titre que des textes produits par Antelme, Kertesz ou Levi ? C’est la validité de cette interrogation que nous nous proposons de développer dans cette contribution en nous appuyant sur les productions de Séra, auteur franco-cambodgien de bande dessinée, mais aussi peintre et sculpteur. Nous examinons trois bandes dessinées qui constituent un ensemble relatant différentes périodes du régime khmer rouge au Cambodge, afin de voir de quelle manière le génocide est représenté par Séra. L’analyse prête une attention particulière à l’usage des couleurs dans les bandes dessinées.

 

Fabrice Picon : Les traces de l'histoire. De l'histoire dans la bande dessinée Rwanda 1994 : Descente en enfer (PDF)

  • L’histoire fictionnelle racontée dans la bande dessinée Rwanda 1994 : Descente en enfer incorpore des traces de l’histoire (factuelle) complexe du génocide rwandais. Les références dans le texte évoquent à la fois l’héritage du Rwanda qui a établi les circonstances du génocide ainsi que l’implication de la France dans le « dernier génocide du XXe siècle ». Cet article analyse les allusions historiques au génocide rwandais telles que (re)présentées dans cet unique médium littéraire.

 

Vincent Marie : Loin du Rwanda : autopsie d'un génocide dans la bande dessinée. Éléments de réflexions autour de Déogratias de Stassen (PDF)

  • En 1994, du 6 avril au 4 juillet le Rwanda était plongé dans la tourmente d’un génocide. Parallèlement en occident, les médias restèrent étonnamment silencieux sur le sujet. Il faut en effet attendre le mois d’août pour voir le génocide traité à la une des magazines ou des journaux occidentaux. Aujourd’hui, le cinéma et la bande dessinée se sont emparés de l’évènement et participent de la médiatisation et de la reconstruction mémorielle du génocide. Pourquoi et sous quelle forme ? Peut-on esthétiser la souffrance et la mort ? Cette étude paradigmatique s’appuiera sur le cas de la bande dessinée Déogratias de Jean-Philippe Stassen qui pose de façon originale la question de la fabrique mémorielle d’un évènement traumatisant. Dans Déogratias, c’est au répertoire du reportage que le dessinateur vient puiser son inspiration pour raconter l’histoire du génocide tutsi et de ses conséquences sociales. Il fait alors le choix de centrer son récit/reportage sur le destin d’un jeune Hutu. En regard de l’investigation historienne, suivre le parcours de cet adolescent de papier permet alors de réfléchir sur les mécanismes d’un génocide mais surtout de réfléchir sur les rapports entre temps et récit, mémoire et oubli ou encore entre vérité et subjectivité pour comprendre l’impact de la bande dessinée dans la construction d’une mémoire du génocide tutsi.

 

Yael Munk : Waltz with Bashir. A Lebanon war story : Lorsqu'un film se transforme en roman graphique (PDF)

  • Valse avec Bachir : Une histoire de guerre libanaise (2009) de Ari Folman et David Polonsky constitue une adaptation unique d’un script cinématographique en bande dessinée. Sur la base du documentaire d’animation éponyme primé, sorti un an plus tôt, le récit présente l’expérience autobiographique de Folman en tant que jeune soldat israélien durant la première guerre du Liban (1982). Cet article soutient que cette adaptation a subtilement servi le cinéaste en lui permettant de fournir un témoignage amendé de son expérience traumatisante.

 

 

Varias

Christiane Hess : Félix Lazare Bertrand – Dessins du camp de Neuengamme (PDF)

  • L’article est le résumé du mémoire de l’auteur. Dans le camp de Neuengamme, il y a eu des productions d’images. En effet, un prisonnier, Félix Lazare Bertrand, a fait plus de 100 dessins. Dans l’article, l’auteur développe les conditions de création et analyse également les fonctions sociale et communicative de ces dessins. Les diverses utilisations de ceux-ci après la guerre ont également été sujettes à controverse.

 

Claudia Feld : Image, mémoire et disparition en Argentine (PDF)

  • La disparition forcée de personnes, devenue pratique systématique sous la dernière dictature militaire argentine (1976-1983), a été définie comme une série d’actions menées par les forces armées et de sécurité : l’enlèvement de personnes préalablement désignées, l’emprisonnement clandestin et la torture, l’assassinat et l’occultation des dépouilles. Dans le but de ne pas laisser de traces visibles de ces actions, les militaires ont détruit ou occulté les documents susceptibles de donner lieu à des inculpations. Il n’existe pas non plus d’images documentaires relatives aux conditions de l’emprisonnement ni aux assassinats clandestins. Pourtant, en dépit de cette absence de documents visuels, les images ont bel et bien été centrales pour représenter et montrer ce crime, aussi bien pendant la dictature que par la suite. La disparition, acte de soustraction de l’image par excellence, a été connue en Argentine et dans le monde, par le biais des images. Quelles ont été ces images ? Qui sont ceux qui les ont produites ? Quels enjeux soulèvent-elles en relation à la mémoire sociale ? Cet article développe ces questions à partir de deux ouvrages publiés récemment en Argentine, en examinant séparément chacun des supports audiovisuels étudiés: la photographie, le cinéma documentaire et de fiction, et la télévision. On entame ainsi une première approche à l’analyse de la relation complexe entre mémoire, image et disparition, telle qu’elle s’est construite en Argentine au long de trois décennies.

 

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Les numéros précedents

  • N° 123 (octobre 2016) : Traduire le témoignage

     

    Présentation du dossier Traduire le témoignage : Quelle est la relation entre le témoignage, défini comme un récit plus ou moins ritualisé portant sur la violence politique et raconté à la première personne, et la traduction ? Et, parallèlement, quelle position le traducteur occupe-t-il par rapport au témoin ? Est-il possible, en tant que traducteur, d’être (ou de devenir) témoin ? Comment, quand et pourquoi traduit-on des témoignages ? À quelles stratégies linguistiques et discursives le traducteur recourt-il quand il se trouve confronté à un texte éthiquement délicat ? Quel rôle joue-t-il dans la transmission du savoir historique, des valeurs culturelles ou de la critique sociale véhiculés par le témoignage ? La traduction a-t-elle tendance à affaiblir ou, au contraire, renforcer la pertinence et l’impact du discours original ? Quelle est l’importance de la traduction dans des contextes littéraires, politiques et institutionnels ? Combien ces contextes spécifiques déterminent-ils la pratique de la traduction ? Dans quelle mesure les processus de transcription, d’édition, de traduction et d’archivage ont-ils un effet sur le texte source ? Et peut-on soutenir les strictes démarcations entre témoigner et traduire, entre témoignage documentaire et littéraire, entre l’original et sa traduction ? Voilà les questions qui seront abordées dans ce dossier.

    Sommaire et résumés

    N° 122 (avril 2016) : Révisionnisme et négationnisme

     

    Au sens strict, le négationnisme est la « doctrine niant la réalité du génocide des Juifs par les nazis, notamment l'existence des chambres à gaz. » (Larousse en ligne) ; par extension, le terme désigne la négation d'autres génocides et d'autres crimes contre l'humanité. La littérature sur le négationnisme est abondante. Il existe des études sur le sujet dans de nombreux pays ainsi que des biographies de négationnistes. Les stratégies argumentatives et rhétoriques des négationnistes ont été largement décryptées. Des sites internet démontent systématiquement leurs sophismes. Si les informations fiables sur le phénomène ne font pas défaut, il est cependant indispensable d'y revenir encore et toujours, et ce, pour plusieurs raisons.

    Sommaire et résumés

    N° 121 (octobre 2015) : Violences radicales en scène

     

    Les violences extrêmes se montrent. Elles crèvent les écrans. Elles surfent d’un style et d’un support à l’autre : reportages d’actualité, documentaires, fictions, arts en tous genres. Pourtant le théâtre se distingue de cette curée, tout en revenant sans cesse sur le sujet. Autrement. Lié, dès ses origines, à la représentation de la cruauté et ayant « miraculeusement » échappé aux polémiques souvent stériles sur l’interdit ou non... de la représentation de la Shoah, c’est toujours avec la même jeunesse qu’il s’intéresse aux violences extrêmes et y entretient sans relâche l’articulation de l’éthique et de l’esthétique.

    Sommaire et résumés

    N° 120 (avril 2015) : Quel avenir pour la mémoire du génocide des Arméniens ?

     

    Le génocide perpétré en 1915 sur les Arméniens de Turquie suscite toujours de nombreux débats, controverses, déclarations de principe, prises de position et oppositions, négation. Pourtant, de plus en plus ouvertement, des liens se tissent, des passerelles sont établies et des échanges renforcés entre les communautés arménienne et turque. Une réconciliation est-elle possible ?

    Sommaire et résumés

    N° 119 (décembre 2014) : Il y a 70 ans, Auschwitz. Retour sur Primo Levi

     

    27 janvier 1945. Il y a 70 ans les premiers soldats de l’Armée rouge pénétraient dans le camp d’Auschwitz marquant définitivement ce que l’on pourrait appeler sa « libération », bien qu’Auschwitz n’ait été, pas plus qu’aucun autre camp nazi, un objectif prioritaire pour aucune des forces alliées. Primo Levi faisait partie des quelques rescapés qui, échappant aux évacuations forcées, étaient restés cachés à Auschwitz. Juif, déporté, chimiste, témoin, écrivain, retour sur cette personnalité complexe, sur son ascension vers ce qu’il a appelé le « rescapé professionnel », sur son œuvre. Sur ce que les mots « résistance », « engagement » ont signifié pour lui.

    Sommaire et résumés

    N° 118 (septembre 2014) : Au nom des victimes. Dictature et terreur d'État en Argentine, Chili et Uruguay

    Après les dictatures qui règnent sur l’Argentine, le Chili et l’Uruguay des années 1970 jusqu’en 1990, le processus de résolution démocratique de ces histoires de terreur semble nécessairement en passer par la construction de récits et, ce faisant, de mémoires qui reconfigurent le passé. Au cœur de ces processus propres à chacun des pays, s’impose la figure de la victime que viennent questionner les textes rassemblés par Claudia Feld, Luciana Messina et Nadia Tahir.

    Sommaire et résumés

    N° 117 (mars 2014) : Amis ? Ennemis ? Relations entre mémoires

    On a beaucoup parlé et écrit sur les mémoires de groupe et communautaires en limitant leur rapport et leur histoire à des conflits, des « guerres », des concurrences, des stratégies d’occultation ou de mise sous silence à tel point que ces termes sont devenus des lieux communs d’une sorte de doxa plus générale sur la mémoire collective et culturelle. Ce dossier propose une lecture critique de ces termes et de cette doxa en venant questionner l’émergence, la constitution et la mise en rapport de différentes mémoires exemplaires des grandes violences du XXe siècle. Il aborde les rapports que ces mémoires peuvent entretenir avec d’autres mémoires dont elles partagent, sinon le même événement, du moins des caractéristiques ou des préoccupations communes.

    Sommaire et résumés

    N° 116 (septembre 2013) : Voyages mémoriels

    Doit-on craindre ce que l’on regroupe sous le terme de « tourisme mémoriel » ? Ou bien doit-on assumer cette réalité de notre époque ? Désormais, tout visiteur, en groupe ou solitaire, se trouve-t-il absorbé par la catégorie de « touriste » ? Ou bien cette catégorie est-elle une réduction intellectuelle bien éloignée de l’expérience que chacun poursuit durant sa visite ? Le problème apparaît sous un jour un peu différent quand on pense aux voyages organisés pour des mineurs encadrés par des adultes, généralement des enseignants. Ce dossier propose de donner les avis d’historiens et pédagogues qui ont l’expérience de tels voyages.

    Sommaire et résumés

    N° 115 (mars 2013) : L’Espagne en construction mémorielle

    Le dossier de ce numéro se donne pour objectif de fournir des points de repère pour mieux comprendre les identités et les relations plurielles qu’entretiennent les mémoires et leur représentation dans l’Espagne contemporaine. En effet, il est nécessaire, aujourd’hui, de porter un nouveau regard non seulement sur les mémoires stratifiées de la guerre civile, de l’exil et de la répression franquiste, mais aussi sur la réception d’autres mémoires telles que celle de la Shoah, et d’en proposer de nouvelles lectures. Il s’agit notamment de mettre en évidence les tensions parfois antagoniques, parfois productrices, entre les actions officielles, celles des associations et les initiatives artistiques.

    Sommaire et résumés

    N° 114 (décembre 2012) : Sites mémoriels

    Comment se présentent aujourd’hui, aux yeux des visiteurs, les sites mémoriaux qui constituent la trace concrète de la mémoire et de l’histoire européennes du XXe siècle ? Les critères d’exposition et de conservation ont changé depuis au moins dix à quinze ans dans la plupart de ceux-ci, tout comme les progrès dans la recherche historique ont changé la façon de lire et de reconstruire les évènements du passé. Cela n’est pas seulement dû au fait que l’on soit passé d’une histoire écrite par des témoins à une histoire écrite par des historiens professionnels. Une nouvelle conscience s’est affirmée concernant les méthodes de transmission (pédagogie de la mémoire). Il a également été nécessaire de renforcer la recherche historique par les méthodes de recherche archéologique. On a déchiré le voile de l’idéologie alors que celui-ci avait souvent guidé ou recouvert les expositions permanentes et les critères de conservation et de visite. Peut-on dire dès lors qu’une nouvelle époque s’est ouverte dans la façon de transmettre la mémoire ? Celle-ci demeure, sous plusieurs aspects, un pari ouvert sur le présent et le futur.

    Sommaire, résumés et textes intégraux | Notes de lecture

    N° 113 (septembre 2012) : Les tabous de l’histoire allemande

    Les périodes les plus douloureuses ou les plus ambiguës de l’histoire allemande du XXe siècle sont caractérisées par de nombreux tabous que la littérature, la photographie et le cinéma ont exprimés comme autant de « retours du refoulé ». Ces études sont, d’une part, centrées sur les problèmes de l’antisémitisme et, ce faisant, sur les rapports des sociétés germanophones à la Shoah. D’autre part, il est question de la confrontation aux violences subies telles que les bombardements, la fuite devant l’armée rouge et les expulsions, les viols massifs.

    Sommaire, résumés et textes intégraux | Notes de lecture

    N° 112 (juin 2012) : Les enfants de la Guerre d'Espagne. Expériences et représentations culturelles

    Le dossier de ce numéro est consacré aux expériences et aux représentations culturelles de l’enfance pendant la guerre d’Espagne. Il s’agit d’aider à mieux comprendre ce conflit qui a déchiré une même population sur un même territoire en proposant une mise en regard du vécu des enfants espagnols – consigné sous diverses formes pendant ou après le conflit – et des représentations variées de ces mêmes enfants, en particulier celles émanant des adultes.

    Sommaire, résumés et textes intégraux | Notes de lecture

    N° 111 (décembre 2011) : Art & propagande : jeux inter-dits

    L’apparition des médias a encouragé les institutions politiques (des partis politiques aux gouvernements) à promouvoir leur image pour emporter la conviction du public auquel elles s’adressaient. Les pouvoirs autoritaires ont trouvé dans cette ressource un moyen de consolider leur domination. Or, comment les artistes ont-ils pu prendre part à la propagande dont l’utilitarisme est à l’opposé des fins que l’on attribue généralement à l’art ? On-t-il dû mettre de côté leur vocation, ou l’ont-ils eux-mêmes détournée ?

    Sommaire, résumés et textes intégraux | Notes de lecture

    N° 110 (octobre 2011) : Déplacements, déportations, exils

    Les déplacements de population sont utilisés par les États ou les groupes criminels pour isoler des populations qu’ils prennent pour cible ou qu’ils veulent s’aliéner. Perte de visibilité publique, privation des repères et des cadres sociaux sont alors des processus complémentaires à la négation des droits communs. Procédant ainsi, il est alors possible de faire subir à ces populations des contraintes (déterritorialisation, travail forcé…) ou des violences (famine, massacre, génocide…). Ces phénomènes, qui ont acquis une ampleur sans précédent après la guerre de 1914-1918, ne cessent de s’accroître à l’échelle du globe. Mais leur réalité se double aussi d’une dimension mémorielle. En effet, il y a une mémoire des déplacements qui s’exprime maintenant à travers la littérature, avec des expositions et dans des musées. Ce dossier traite de ce double aspect historique et mémoriel dont nous sommes les contemporains.

    Sommaire, résumés et textes intégraux | Notes de lecture

    N° 109 (mars 2011) : La bande dessinée dans l'orbe des guerres et des génocides du XXe siècle

    Mise au service ou revenant sur les guerres et génocides du XXe siècle, la bande dessinée fut mêlée aux plus sombres évènements de notre Histoire.
    La première partie du dossier évoque le rôle joué (en France, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas) durant la Seconde Guerre mondiale par des éditeurs et auteurs de bandes dessinées qui se mirent au service de l'envahisseur ou qui, au contraire, lui résistèrent. En relevant les contributions de la bande dessinée aux efforts de guerre, c'est son potentiel même en tant que moyen d'action et de propagande qui est ici mis en exergue.
    La seconde partie du dossier concerne les possibilités d'évocation des auteurs de bandes dessinées lorsqu'ils reviennent sur les évènements. De la première à la Seconde Guerre mondiale, des génocides commis à l'encontre des Arméniens, des Juifs, des Cambodgiens ou des Tutsi aux massacres de Sabra et Chatila, la dimension créative dont fait preuve la bande dessinée en abordant ces sujets longtemps tenus pour inaccessibles atteste de ses capacités à opérer au-delà de la « simple » restitution des faits.

    Sommaire, résumés et textes intégraux | Notes de lecture

    N° 108 (septembre 2010) : Le traitement de l'histoire dans les documentaires filmiques

    Ce dossier se propose d'analyser les contraintes qui pèsent sur l'écriture télévisuelle de l'histoire. Il privilégie l'étude des documentaires historiques produits pour/par la télévision, désormais canal de transmission dominant de l'histoire. Aux côtés d'historiens (Annette Becker, Laurent Veray, Isabelle Veyrat-Masson) dont les travaux traitent du rapport à l'image animée et de sa valeur cognitive, d'autres chercheurs et enseignants (Charles Heimberg, Fanny Lautissier, Matthias Steinle) ont été sollicités. Mais la parole a aussi été donnée à tous les acteurs de la production, des réalisateurs (Patricia Bodet, Serge Viallet), des producteurs (Jacques Kirsner) ou encore des documentalistes spécialisées dans la recherche d'archives filmiques (Anne Connan, Christine Loiseau). En raison des enjeux de mémoire et de la question du statut de vérité qu'elle soulève, La chaconne d'Auschwitz, documentaire réalisé par Michel Daëron, a été analysée du point de vue de l'historien-conseiller historique (Sonia Combe) commenté par le réalisateur et la monteuse, Eva Feigeles.

    Sommaire, résumés et textes intégraux | Notes de lecture

    n° 107 (juin 2010) : L'Aveu

    Au cours de l’Histoire, l’aveu s’est déplacé de la sphère judiciaire (et/ou du christianisme) vers d’autres composantes sociales. Si bien qu’aujourd’hui, il se manifeste ou s’exprime en nombre d’occasions, ce dont attestent les contributeurs à ce dossier qui envisagent l’aveu dans ce qu’il a de structurant. En effet, qu’ils soient linguistes, spécialistes en études littéraires, historiens, chercheurs en sciences de l’information et de la communication, ces derniers montrent, à partir de l’analyse de textes – littéraires ou non –, de films – de fiction ou pas –, et/ou d’événements particuliers, que l’aveu témoigne du rapport qu’un groupe ou une personnalité entretient à son passé et à son avenir, en même temps qu’aux autres, c’est-à-dire à ceux qui en sont les destinataires. Mais, si plusieurs auteurs montrent comment l’aveu dit le vrai, d’autres montrent aussi qu’il peut s’en éloigner, ou faire accéder à une vérité autre que celle que son auditoire pourrait en attendre.

    Sommaire, résumés et textes intégraux

    N° 106 (mars 2010) : Faux Témoins

    Dans les sciences humaines et sociales contemporaines, les travaux sur le témoignage et les témoins se sont multipliés. Revers de la médaille, les faux témoignages et les faux témoins sont plutôt délaissés ou laissés en pâture à leurs dénonciateurs. Pourtant, on peut prendre le phénomène au sérieux. Ce dossier le met ainsi « à l’épreuve » en répondant à une série de questions : si l’on est souvent « pris à témoin », quelles sont les configurations sociales et psychologiques faisant qu’on est « pris », plus ou moins longtemps, par la croyance en un faux témoignage ? Quel est le rôle des industries culturelles et médiatiques dans ce phénomène ? Comment penser les relations entre faux témoignage, témoin fictif et fiction ?

    Sommaire, résumés et textes intégraux

    N° 105 (décembre 2009) : Charlotte Delbo

    Pourquoi un dossier sur Charlotte Delbo ?
    Jusqu'à présent les études majeures sur Charlotte Delbo nous sont venues d'Angleterre et des États-Unis. En France, hormis un cercle restreint de fidèles et d'universitaires, on ne s'est pas intéressé à elle et pas plus à son œuvre. Aucun dossier de revue. Aucun recueil.
    Intellectuelle et femme de théâtre importante, Charlotte Delbo (1913-1985) s'est très tôt engagée du côté des communistes, sans pour autant adhérer au parti. Résistante, elle est arrêtée et déportée dans le convoi du 24 janvier 1943 pour Auschwitz où elle est internée avant d'être transférée à Ravensbrück. Son œuvre testimoniale, l'une des plus importantes sur la terreur concentrationnaire nazie, se prolonge par de nombreux textes, la plupart de théâtre, qui confirment son engagement contre toute forme d'oppression politique, de l'Algérie au Goulag, du Chili à la Grèce.

    Sommaire, résumés et textes intégraux

    n° 104 (septembre 2009) : L'Antifascisme revisité. Histoire – Idéologie – Mémoire

    À l’occasion du XXe anniversaire de la chute du Mur et de la disparition de la RDA, ce numéro revient sur l’antifascisme comme un des éléments essentiels à la fondation de cette « autre » Allemagne. Antifascisme « décrété », selon les uns, « mythe » selon les autres, ce dossier propose de réinterroger la notion en tenant compte aussi bien des réalités historiques que des manipulations idéologiques. Des recherches récentes, conduites à partir de fonds d’archives encore peu exploités, donnent une image plus nuancée de l’antifascisme en RDA, de ses aspirations, de ses limites et de sa mémoire. Il était important de ne pas en rester au cas allemand, afin de proposer des points de comparaison. Entrent ainsi en ligne de compte la perception de l’antifascisme en Italie et en France, l’histoire complexe de la résistance slovène en Autriche et les aléas d’une association internationale comme la FDIF. Le dossier croise des études historiographiques avec des analyses de documents biographiques, de figures héroïques, d’expositions, de monuments ou d’œuvres littéraires dans les perspectives des « cultural studies ».

    Sommaire, résumés et textes intégraux

    n° 103 (juin 2009) : Crimes et génocides nazis à l'écran

    Ce dossier intitulé « Crimes et génocides nazis à l'écran » répond à plusieurs attentes. Il s'agit de faire le point sur une iconographie qui a amplement influencé les représentations de la seconde moitié du XXe siècle, faisant du motif concentrationnaire au cinéma, dans la photographie, dans l'art, un genre en soi. Les images des camps nazis, filmées à la fin de la guerre par les troupes alliées qui ont découvert les structures concentrationnaires, ont en effet joué un rôle écrasant dans l'imaginaire des années qui ont suivi. Pour certains, elles ont même fondé la modernité du cinéma. On en trouve des traces dans le film documentaire et le film romanesque, dans les films d'avant-garde et dans le cinéma populaire, dans toutes sortes de productions visuelles venues de tous horizons. On pourrait même considérer que le cinéma des quarante dernières années a impulsé plus qu'il ne l'a accompagnée l'institutionnalisation de la Shoah. Comment analyser cette insistante pénétration ?

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    N° 102 (mars 2009) : Criminels politiques en représentation. Arts, cinéma, théâtre, littérature, médias

    Les arts et la littérature ont toujours réservé une place importante aux crimes et aux grandes violences (martyres, massacres et champs de bataille), cette inclination n’a pas diminué aujourd’hui. Le théâtre a déjà, dans les années 1960, dénoncé les crimes nazis et leurs complices à travers la mise en scène des criminels eux-mêmes (L’Instruction de Peter Weiss, Le Vicaire de Rolf Hochhuth). Mais le nazisme n’est pas leur seul centre d’intérêt. Comme tout despote, Franco a eu son lot d’hagiographes et l’ambiguïté de personnages de la Phalange se retrouve jusqu'à récemment dans des romans mémoriels espagnols. À propos du Rwanda, commencent à paraître des récits qui s’attachent aux génocidaires. Sur les Khmers rouges, quelques films et bandes dessinées ont été réalisés. Ce dossier explore les différentes formes de présence des criminels politiques dans la littérature, le cinéma, le théâtre et les arts plastiques en Europe, en Afrique et en Asie. Il s’intéresse aussi à leur représentation médiatique, notamment en Argentine et en Afrique du Sud, posant la question : le bourreau est-il vraiment un témoin ?

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    N° 101 (décembre 2008) : Quelle pédagogie, pour quelle(s) mémoire(s) ?

    Comment mettre à profit nos expériences aussi diverses que polyphoniques pour repenser aujourd’hui de façon novatrice l’ « éducation à la mémoire » ?
    La pédagogie est investie de la tâche de transmettre ce savoir particulier sur les violences extrêmes que l’on nomme désormais mémoire, terme générique et pourtant combien plurivoque. En vertu de quoi, elle se trouve régulièrement sommée d’apporter des réponses aux attentes qui traversent les sociétés modernes. Il s’agit notamment de satisfaire à la reconnaissance de mémoires qui ont depuis peu émergé et par lesquelles des communautés et des groupes sociaux cherchent à se faire identifier.
    Ce dossier porte l’interrogation sur la pédagogie de la complexité historique au regard de la pluralité des sensibilités communautaires et nationales. Il aborde la question de l’influence de l’actualité mémorielle et de la place qu'y tient la Shoah. De nombreux aspects méthodologiques y sont également abordés.

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    N° 100 (septembre 2008) : Questions de « bourreaux »

    Aujourd’hui, les bourreaux montent plus souvent sur l’échafaud pour y être exécutés que pour y travailler.
    Le sens moderne de « bourreau » couvre un ensemble d’individus qui, des planificateurs aux exécuteurs, en passant par les nombreux intermédiaires, commettent des crimes collectifs qui marquent notre histoire. Les articles que rassemble ce dossier interrogent les bourreaux par leur légende, leur vie privée, leur Journal, leur institution et l’organisation qu’ils ont voulu mettre en place à l’intérieur des lieux où ils sévissent. Le sujet est vaste. Il ne risque pas de se périmer. Il est même d’actualité.

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