Avec la disparition des derniers témoins, les témoignages filmés deviennent un outil central pour préserver et transmettre la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. Ces archives, marquées par le contexte de leur production et les subjectivités de chacun, exigent une analyse critique rigoureuse pour en garantir la justesse et la portée historique. Dans ce cadre, l’étude du témoignage de Paul Halter, résistant, déporté juif, rescapé d’Auschwitz et fondateur de la Fondation Auschwitz, s’avère particulièrement pertinente.
Réalisé par John Madden, le film La Ruse retrace l’opération Mincemeat, une manœuvre de désinformation menée par les services de renseignement britanniques au printemps 1943. Objectif : tromper les Allemands en détournant leur attention vers la Grèce, pour mieux préparer l’invasion de la Sicile.
L’œuvre incontournable La Liste de Schindler est arrivée sur nos écrans le 2 mars 1994. En Belgique comme partout dans le monde, le public a alors découvert un film bouleversant à mille lieues des divertissements auxquels Steven Spielberg nous avait habitué. Retour sur une narration inédite de la Shoah, mais aussi sur un tournant dans l’histoire du cinéma.
Leni Riefenstahl a longtemps incarné la frontière trouble qui peut exister entre art et propagande. Le film Riefenstahl d’Andres Veiel confronte le mythe à la réalité, révélant une femme manipulatrice et calculatrice, prisonnière de sa propre légende.
La majorité des gens associent spontanément les camps de concentration aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Leur histoire a pourtant commencé des décennies plus tôt, lors des conquêtes coloniales européennes.
Le génocide des Herero et des Nama, perpétré entre 1904 et 1908 dans ce qui correspond à l’actuelle Namibie, est aujourd’hui largement reconnu comme le premier génocide du XXe siècle. Cette extermination systématique de peuples indigènes par l’Empire allemand illustre de manière atroce la violence extrême qui pouvait habiter le projet colonial.
Cent ans après leur signature, les accords de Locarno interpellent encore l'Europe contemporaine. L’enseignement le plus marquant de Locarno réside moins dans ses succès que dans l'échec d'un système incapable de prévenir la guerre.
Créée en 1925, il y a tout juste cent ans, et dissoute en 1945, la Schutzstaffel (SS) fut l’instrument central des crimes nazis et un symbole universel de terreur et de crimes contre l’humanité. Elle constitue un contre-exemple absolu pour les démocraties modernes.
La Vergangenheitsbewältigung, travail de mémoire allemand sur le passé nazi, a évolué depuis 1945, d’un refoulement initial à une culture mémorielle centrale dans l’identité politique du pays. Ce consensus est aujourd’hui confronté à la montée de l’AfD et à l’affaiblissement de certains engagements mémoriels, illustrés notamment en Belgique par le cas du cimetière de Lommel.
Cinquante ans après sa mort, Franco n'est pas mort dans les consciences, les institutions et les pratiques politiques espagnoles. La transition démocratique, souvent célébrée comme un modèle, apparaît rétrospectivement comme un pacte faustien : la paix civile immédiate contre l'impunité et l'oubli.
Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent à Phnom Penh et instaurent un régime qui se rendra responsable de la mort d’environ 1,7 million de personnes, soit 20 % de la population cambodgienne. Influencés par la Révolution culturelle chinoise et imprégnés d’un maoïsme radical, leur régime ultra-nationaliste sera marqué par une terreur systématique jusqu’à leur chute en 1979 face à l’intervention vietnamienne.
Il y a trente ans, entre le 11 et le 22 juillet 1995, plus de 8 000 hommes et garçons musulmans bosniaques étaient systématiquement assassinés dans la région de Srebrenica. Trois décennies plus tard, la commémoration de ce crime contre l'humanité révèle autant la force de la mémoire collective que les défis persistants de la reconnaissance historique dans un monde où le négationnisme demeure une arme politique.
Claire Pahaut est engagée depuis plus de trente ans dans la transmission de la mémoire de la déportation. Elle revient ici sur la genèse de son ouvrage Ces Dames de Ravensbrück, fruit d’un long et minutieux travail de recherche qui permet de rendre hommage à près de 2 250 femmes déportées. Un travail scientifique rigoureux aux dimensions multiples : historique, mémorielle et pédagogique.
Il faudra attendre des décennies pour qu’un travail d’histoire, de mémoire et de reconnaissance révèle enfin l’ampleur et la diversité de l’engagement féminin dans la Résistance. Nancy Wake, à travers son parcours exceptionnel, incarne ces héroïnes restées trop longtemps dans l’ombre, dont l’histoire mérite d’être reconnue et célébrée.
Krystyna Skarbek, réputée pour sa bravoure et son sens de l’audace lors de ses nombreuses missions périlleuses en Pologne, en Hongrie, et en France joua assurément un rôle crucial dans la Libération, et ce au péril de sa vie. Comme beaucoup d’autres femmes engagées dans la Résistance, son action est restée longtemps dans l’ombre des récits historiques dominants.
Irina Sendler, résistante polonaise catholique a sauvé environ 2 500 enfants juifs du ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle ne s’est jamais glorifiée de ses actions et s’est toujours inscrite en faux quand on la disait héroïne. Il importe de rendre à cette combattante la place qu’elle mérite dans notre mémoire collective.
À la mi-avril 1945, 5 000 femmes escortées par des SS armés quittent le camp de Ravensbrück et entament une Marche de la mort. Dans ce texte, nous nous intéressons au parcours de neuf d'entre elles, actrices à part entière de la Résistance.
Carl Clauberg, un médecin nazi, a infligé des sévices physiques à de nombreuses détenues lors d’expériences menées au mépris de toute déontologie médicale. Selon les historiens, environ 1 100 femmes de nationalités variées sont passées par le tristement célèbre Block 10. Un grand nombre d’entre elles perdirent la vie.
L’histoire du massacre des infirmières australiennes de Bangka ne relève pas seulement du passé : elle nous confronte à une vérité universelle sur la violence des guerres et sur la manière dont les femmes, souvent civiles, en deviennent les premières victimes. Ces crimes, longtemps passés sous silence, rappellent combien le viol a été utilisé non pas comme un acte isolé de brutalité, mais comme un instrument destiné à semer la terreur, à briser les individus et les communautés.
Que peut-on apprendre de nouveau sur « le monde nazi » face à l'abondance de publications déjà existantes ? Le grand intérêt de l’ouvrage de Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin est précisément de nous fournir une boussole dans ce dédale, et d'offrir une mise en perspective de faits globalement connus, mais dont l’interprétation a pu fortement varier au cours du temps.
Tandis que la plupart des Belges vivent dans la joie de la Libération, de nombreuses familles sont toujours dans l’attente de nouvelles de proches déportés. Les camps où ils sont retenus resteront pendant de longs mois sous le joug nazi avant d’être libérés par les Alliés. Durant le printemps 1945, le rapatriement s’organise sous l'égide d'institutions nationales et internationales, mais certains déportés ne rentreront qu’après des semaines, voire des mois.
Longtemps ignorés de la mémoire collective, les « asociaux » ont été parmi les premières victimes de la répression nazie. Derrière cette catégorie volontairement floue se cachaient toutes les personnes jugées déviantes sur le plan moral, social ou sexuel : mendiants, prostituées, sans-abris, alcooliques, travestis ou encore nomades. Ils ont été arrêtés, internés et marqués d’un triangle noir. Ce n’est que récemment que l’Allemagne a reconnu officiellement leur persécution, ouvrant la voie à un travail mémoriel encore marginal.
Durant l’Occupation, la Grande mosquée de Paris a servi de refuge et prodigué de l'aide à des Juifs et des résistants. Pourtant, cette histoire fragile, tiraillée entre reconnaissance et controverses, peine encore aujourd’hui à trouver sa place dans la mémoire collective.
Jean-Christophe Dubuisson, professeur d’histoire, conférencier et chroniqueur radio, a retracé les parcours de huit réfugiés juifs allemands durant l’Occupation, et des familles belges qui ont tenté de les sauver. Son livre L’épopée de huit réfugiés juifs allemands dans l’Europe occupée (Racine, 2023), né de l’interrogation sur son histoire familiale est le fruit de plusieurs années d’enquête.
Dans Comment meurt une démocratie, Benjamin Carter Hett dissèque l’effondrement de la République de Weimar, rappelant comment les intrigues politiques, les failles institutionnelles et l’exploitation des crises par les nazis ont précipité la fin d’une jeune démocratie. En déconstruisant les mythes d’une prise de pouvoir inéluctable ou légitime, l’historien américain offre une analyse dont les échos résonnent avec les défis des démocraties contemporaines.
Il a fallu du temps pour que la Shoah intègre le répertoire de la chanson française, à l’image du lent processus de reconnaissance mémorielle dans la société. Le sujet fut longtemps abordé de manière allusive, par des artistes directement concernés (victimes, enfants cachés, enfants de survivants). De la solennité de Ferrat à l’excentricité des Rita Mitsouko, de la pudeur de Barbara à l’ironie de Gainsbourg, chaque artiste a contribué, selon son histoire et son style, à la lente émergence d’une mémoire restée longtemps muette.
Unique témoignage filmé des exécutions de Juifs par fusillade, le court-métrage tourné par un sous-officier allemand constitue un document historique exceptionnel. L’étude minutieuse de Jean-Benoît Clerc explore toute sa valeur à cette archive, en interrogeant les limites et les enjeux d'une représentation filmée de la Shoah.