Sommaire, résumés et textes intégraux du n° 112 - Fondation Auschwitz
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Philippe Mesnard (Rédacteur en chef) : Éditorial : D'où viennent les images (PDF)

 

Portfolio / Auschwitz (PDF)

 

Dossier : Les enfants de la Guerre d'Espagne. Expériences et représentations culturelles

Dirigé par Didier Corderot et Danielle Corrado

 

Didier Corderot (Université Blaise Pascal – CHEC) et Danielle Corrado (Université Blaise-Pascal – CELIS) : Présentation (PDF)

 

Catherine Milkovitch-Rioux (CELIS, IHTP-CNRS) : Enfances en guerre : expériences et représentations culturelles (PDF)

  • Il s’agit de situer dans le cadre général du projet Enfance Violence Exil (EVE), la réflexion sur les enfants de la Guerre d’Espagne, en particulier sur la question des expériences et représentations culturelles : de quels enfants parle-t-on, en quoi la question de l’âge intervient-elle dans les champs pris en considération ? Comment les « représentations culturelles » permettent-elles de donner la parole à l’enfant ? Quels en sont alors les modes de représentation spécifique du conflit ?
    Il s’agira de distinguer les véritables productions infantiles telles que le témoignage d’Encarnació Martorell i Gil, Un regard innocent, sous-titré Journal de la guerre civile en Espagne (Métailié, 2011) et les sources rétrospectives, telles que les mémoires, analyser ce que ces sources de l’intime apportent à la connaissance des enfances en guerre, aux différents temps de leur écriture. Voir enfin ce que le point de vue de l’enfant, en littérature, porte de l’expérience, et ce qui est mis en perspective.

 

Alicia Pozo-Gutiérrez (Université de Southampton, Grande-Bretagne) et Célia Keren (École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), Paris – École des Hautes Études Hispaniques et Ibériques (EHEHI), Casa de Velázquez, Madrid) : Des cahiers d’enfants aux souvenirs de vieillesse : récits autobiographiques d’anciens enfants espagnols réfugiés, 1940-2006 (PDF)

  • Cet article porte sur cinq anciens enfants réfugiés de la Guerre d’Espagne, qui s’enfuient vers la France pendant la Retirada et sont ensuite évacués vers les États-Unis. À deux moments de leur vie et dans deux contextes très différents, ces personnes font le récit de leur vie : une première fois en 1940, alors qu’ils sont enfants, et une deuxième fois dans les années 2000, passé l’âge de la retraite. Une analyse attentive de ces textes offre un cas empirique exceptionnel pour travailler sur les effets du contexte, du passage du temps et de l’âge du rédacteur sur la production des récits autobiographiques. Nous nous poserons en particulier deux questions : celle du rapport entre écriture de soi et construction d’une identité individuelle, puis celle du rapport entre cette identité individuelle et la mémoire collective de ces réfugiés au parcours d’exil commun.

 

Danielle Corrado (Université Blaise-Pascal – CELIS) : Récits d’enfance et discours identitaires (PDF)

  • Cette contribution porte sur un corpus de témoignages écrits d’adultes qui, enfants, ont vécu la guerre civile et ses conséquences : Traumas-Niños de la guerra y del exilio, publié en Espagne en 2010 par une association catalane de récupération de la mémoire historique (AMHDBLL). L’analyse de l’énonciation éditoriale et du dispositif des récits (relation entre les textes et les photographies, registres d’écriture) permet de mettre en évidence le double cadre, collectif et individuel, de cette production dont la somme a une vocation identitaire dans la mesure où elle est un appel à la légitimation et à la reconnaissance des enfants de Républicains. L’intentionnalité militante de la démarche postule une mémoire silencieuse et dispersée que l’action éditoriale s’efforce de rendre visible et audible.

 

Ángela Cenarro Lagunas (Université de Saragosse) : Mémoires de l’après-guerre : les enfants de l’Auxilio Social (PDF)

  • À l’issue de la Guerre civile espagnole (1939), Auxilio Social est devenue la principale institution d’assistance publique du régime franquiste. Contrôlée par la Phalange, le parti fasciste, et soumise à l’État, elle se composait, pendant la période de l’après-guerre, d’un vaste réseau de soupes populaires et de foyers pour enfants. Des milliers d’enfants, issus pour la plus grande partie du camp des vaincus, reçurent l’assistance d'une institution dirigée par des phalangistes, des prêtres et des professionnels de la santé et de la pédagogie chargés de mettre en œuvre un projet de « régénération », un projet selon lequel seules la discipline et la rééducation catholique pourraient faire de ces enfants des individus aptes à être d'« actifs serviteurs de l'Espagne juste. » Un des principaux objectifs de l'assistance sociale franquiste était d'éroder les identités des enfants ainsi que leurs liens familiaux. Cependant, les récits et les témoignages d'un groupe d'enfants qui furent internes des foyers d'Auxilio Social montrent que les plus petits tentèrent de construire une identité alternative à celle que proposait le régime. Bien que fragmentée, cette identité est devenue un instrument essentiel pour résister au monolithique discours imposé par les « vainqueurs ». Dans cet article, on se demandera jusqu'à quel point les dirigeants franquistes ont atteint leurs objectifs et dans quelle mesure cette résistance particulière à la dictature fut essentielle dans la définition des relations de pouvoir entre « vainqueurs » et « vaincus » dans l'après-guerre civile espagnole.

 

Bénédicte Mathios (Université Blaise Pascal – CELIS) : Poétiques de la survie : trois poètes et une romancière regardent leur enfance en guerre (PDF)

  • L’enfance en guerre est paradoxalement fondatrice chez les quatre écrivains dont traite cette contribution : Ángel González (1925-2008), José Ángel Valente (1929-2000), Antonio Gamoneda (1931), Rosa Regàs (1933). Chez chacun d’entre eux, quand l’adulte décide de parler d’un vécu personnel dans un espace où la liberté est de mise – le poème, le roman –, il est question d’une rupture violente, d’une lutte identificatoire, d’une survie. Or le choix de faire de ce thème une concrétion de l’affleurement du sujet est inséparable d’un départ dont les bases sont sapées par la violence du vu, de l’entendu, du vécu, et de l’interdit de voir, d’entendre, de vivre, mais aussi par l’oubli. Les différentes écritures s’élaborent ainsi dans une confusion entre enfance et genèse de la création.

 

Karine Lapeyre (Université Paris IV) : Les Pionniers : l’avenir d’une société communiste (PDF)

  • La spécificité de la Guerre d’Espagne, civile et idéologique, nous invite à nous intéresser au sort des enfants. Les deux camps les utilisèrent à des fins de propagande et en même temps tentèrent de les endoctriner dans le but d’instaurer une société idéale selon leurs critères respectifs.
    Les mouvements de jeunesse sont très actifs dans les années 1930 dans toute l’Europe. En Espagne, ils se radicalisent pendant le conflit pour devenir des viviers de militants et de soldats. Certaines de ces organisations pensent qu’il est important de capter les enfants dès leur plus jeune âge alors que d’autres s’y opposent catégoriquement.
    Dans le camp républicain, les communistes suivent le modèle soviétique. Les Pioneros, insignifiants depuis leur création en Espagne en 1931, acquièrent une influence notable pendant le conflit et deviennent une des images de l’engagement communiste auprès de la population. Dans leur organisation, leur apparence et leurs activités, on retrouve les symboles et les idées véhiculées par les adultes en vue de l’établissement d’une société idéale porteuse des valeurs prolétariennes. L’analyse des textes publiés pour les enfants permet d’identifier le type de société que les communistes avaient l’intention d’instaurer grâce à la victoire.

 

Didier Corderot (Université Blaise Pascal – CHEC) : Mari-Pepa chez les rouges puis dans l’Espagne bleue ou les tribulations fictionnelles d’une fillette pendant la Guerre d’Espagne (PDF)

  • Au lendemain du soulèvement militaire de juillet 1936, les milices carliste et phalangiste sont, dans la zone rebelle, les fers de lance de la militarisation de la jeunesse. Elles s’appuient pour cela sur leur organisation respective : les Pelayos d’une part et les Flechas d’autre part. Toutes deux se chargent d’inculquer dès le plus jeune âge des valeurs qui conjuguent dimension guerrière et religieuse à divers degrés ainsi que la haine de l’ennemi, devenu le « rouge » au terme d’une simplification idéologique. Afin de diffuser leur propagande, chacune des deux organisations se dote d’une revue enfantine, lesquelles ne fusionnent que plus de huit mois après le Décret d’unification des partis d’avril 1937, promulgué par le pouvoir franquiste naissant. Cet article s’intéresse à l’une d’entre elles, Flecha, et en particulier à Mari-Pepa, jeune héroïne de récits fictionnels, à la fois témoin et actrice de la Guerre d’Espagne, qui véhicule d’abord l’idéologie de la Phalange puis celle du nouvel État.

 

Viviane Alary (Université Blaise Pascal – CELIS) : Enfance en guerre dans la revue Chicos (1938-1945) (PDF)

  • Cet article porte sur les représentations et les productions de l’enfant dans la revue espagnole Chicos (1938-1955) durant la guerre civile et l’après-guerre, période qui fut aussi celle de la Seconde Guerre mondiale. L’article examine ainsi les rubriques et séries phares et analyse comment la revue s’est instituée en refuge de l’enfance en guerre tout en répondant aux injonctions du régime dictatorial qui voulait faire table rase du passé républicain et imposer de nouvelles références symboliques et de nouveaux repères identitaires.

 

 

Varias

Dr Yves Louis (Expert de l’Académie Belge de Pédiatrie) & Marc Verschooris (Hoogeschool Gent) : Leonardo Conti et ses rapports avec les médecins belges pendant la Seconde Guerre mondiale (PDF)

  • Cet article retrace les contacts de Leonardo Conti, Reichsgesundheitsführer SS et secrétaire d’État du ministère des Affaires intérieures du Reich avec les médecins et les organisations médicales collaborationnistes belges pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces contacts furent plus nombreux que précédemment décrits.
    Le rôle de sa mère Nanna Pauli Conti, présidente de l’union nationale-socialiste des sages-femmes est également abordé. Elle contrôla en personne l’organisation des sages-femmes en Belgique et la maternité de type lebensborn de Wolvertem dans la banlieue de Bruxelles.

 

Sara Vandewaetere (Hogeschool Gent) : Primo Levi in gesprek met de Nederlandse regisseur Rolf Orthel: een vergeten interview (PDF) [Primo Levi interviewé par le réalisateur néerlandais Rolf Orthel: une interview oubliée]

 

 

Librairie (PDF des notes de lecture)

  • Arnošt Lustig, Elle avait les yeux verts, Paris, Galaade, 2010.
    Comptes-rendus par Corinne Benestroff (Université Paris VIII) et Myriam Morvan (Lycée Jeanne d’Arc de Rouen)
  • Pierre Laborie, Le chagrin et le venin : La France sous l’Occupation, mémoire et idées reçues, Paris, Bayard Centurion, 2011.
    Comptes-rendus par Isabelle Galichon (Université Blaise Pascal Clermont-Ferrant II) et Anne Roche (Université Aix-Marseille)
  • Lawrence C. Jennings, La France et l’abolition de l’esclavage (1802-1848), Bruxelles, André Versaille, 2010.
    Compte-rendu par Hélène Dutrinus (Docteur en Histoire de l’Art)
  • Sylvain Gutmacher, Auschwitz-Dachau : Novembre 1942-mai 1945, Témoignages-poèmes contes, Paris, Riveneuve / FMS, 2010.
    Compte-rendu par Ana Firoiu (Université Paris III – Sorbonne Nouvelle)
  • Christiane Kègle, Les récits de survivance : Modalités génériques et structures d’adaptation au réel, P.U.Laval, 2008.
    Compte-rendu par Chrystel Jeandot (Université Paris III – Sorbonne Nouvelle)
  • Christian Ingrao, Croire et détruire : Les intellectuels dans la machine de guerre SS, Paris, Fayard, 2011.
    Comptes-rendus par Frediano Sessi (Université de Mantoue) et Fabian Van Samang (Historien)
  • Jan Tomasz Gross, La Peur. L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz, Paris, Calmann-Lévy, 2010.
    Compte-rendu par Ewa Bogalska-Martin (Université Pierre Mendès France, Grenoble 2 / Pacte-CNRS UMR 5194)
  • Jean-Charles Szurek et Annette Wieviorka, Juifs et Polonais. 1939-2008, Paris, Albin Michel, 2009.
    Jan Tomasz Gross, La Peur. L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz, Paris, Calmann-Lévy, 2010.
    Anna Bikont, Le Crime et le Silence. Jedwabne 1941, la mémoire d’un pogrom dans la Pologne d’aujourd’hui, Paris, Denoël, 2011.
    Comptes-rendus par Judith Lindenberg (Université Paris III – Sorbonne Nouvelle)
  • Annette Wieviorka, Eichmann de la traque au procès, Bruxelles, André Versaille, 2011.
    Compte-rendu par Frediano Sessi (Université de Mantoue)
 
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